"Je veux un chiot sain"

De plus en plus d’acquéreurs s’intéressent aux maladies héréditaires présentes dans la race du chiot qu’ils souhaitent accueillir et s’inquiètent de la réalisation des tests de dépistage chez les géniteurs. On ne peut que les y encourager.

Si l’on annonce que le chiot est génétiquement indemne d’atrophie progressive de la rétine (APR-prcd) et de néphropathie familiale (NF) de par les résultats des tests des parents, tout se passe bien. Mais si le chiot est potentiellement porteur sain de l’une des deux maladies, c’est le drame. La seule conséquence de ce statut n’est qu’une restriction dans le choix du partenaire lors de la mise à la reproduction si le chien se révèle effectivement porteur puisqu’il ne développera jamais la maladie.

Quand on sait qu’un éleveur vend l’essentiel de sa production pour la compagnie, que seuls un tiers des chiens inscrits au Livre des Origines Français (LOF) donc « de race » sont confirmés chaque année et que parmi ces chiens confirmés, une faible proportion reproduira, est-ce réellement un drame ? Cela a-t-il vraiment une grande conséquence sur la prévalence de la maladie dans la race ?

Alors manque de connaissance en génétique ou volonté dissimulée de reproduction sans « s’embêter » à faire les tests ?

 

Un peu de génétique

Le génome ou matériel génétique du chien est composé de 39 paires de chromosomes : 38 paires d’autosomes et 1 paire de chromosomes sexuels ou gonosomes qui définissent le sexe. Un chromosome est une succession de gènes. C’est dans ces gènes que se trouvent les instructions concernant l’apparence et le fonctionnement général du chien. Chaque gène existe en 2 exemplaires (allèles), situé chacun sur un chromosome d’une même paire.

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Les cellules reproductrices, spermatozoïde pour le mâle et ovocyte pour la femelle, ne comptent qu’un chromosome de chaque paire. Lors de la fécondation, les chromosomes sont réunis pour former à nouveau des paires. Le génome d’un chien, comme d’un humain, provient donc pour 50% du père et pour 50% de la mère. Ainsi, pour chaque gène, l’un des allèles provient du père et l’autre de la mère.

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Pour un même gène, l’un des allèles peut être dominant sur l’autre, qui sera alors dit « récessif ». C’est donc l’allèle dominant qui s’exprimera en priorité.

Si l’on s’intéresse de manière extrêmement simplifiée à la génétique des couleurs, pour le gène « couleur de la robe », l’allèle « noir » est dominant sur l’allèle « rouge ».

  • Un chien qui possède les 2 allèles « noir » pour ce gène (génotype) sera noir (phénotype) ;
  • Un chien qui possède les 2 allèles « rouge » pour ce gène sera rouge ;
  • Un chien portant à la fois l’allèle « noir » et l’allèle « rouge » sera noir. Il est également dit « porteur de rouge » car bien que de couleur noire, il pourra produire des chiots rouges s’il est accouplé à un rouge ou un autre porteur de rouge.

 

Cas de l’APR-prcd et de la NF

La forme prcd de l'atrophie progressive de la rétine (APR-prcd) est une tare oculaire affectant la rétine, plus précisément les cônes. Le chien atteint devient progressivement aveugle et ce, relativement tardivement, puisque la maladie apparaît en moyenne vers l’âge de 6-8 ans. Cette apparition tardive est la cause de la grande fréquence de l'allèle muté dans la race. En effet, lorsqu’il n’existait pas de test génétique permettant de connaître le statut exact, un chien atteint avait le temps de reproduire avec des partenaires au statut exact également inconnu.

La néphropathie familiale (NF) affecte les reins : le chien atteint souffre d’anomalies dans la structure du tissu rénal et décède d’insuffisance rénale avant l’âge de 2 ans.

Leur mode de transmission est le même : ce sont des maladies dites « autosomales récessives ». « Autosomale » car le gène responsable de la maladie ne se trouve pas sur un chromosome sexuel (l’atteinte n’est donc pas liée au sexe du chien) et « récessive » car l’allèle responsable ou « allèle muté » est récessif par rapport à l’allèle « sain ». En clair, comme il faut qu’un chien ait les 2 allèles « rouge » pour être rouge, il faut que le chien ait les 2 allèles « muté » pour être malade. Si le chien possède un allèle "muté" et un allèle "sain", il sera, certes, susceptible de transmettre l'allèle "muté" à sa descendance mais il ne présentera lui-même aucun signe clinique de la maladie.

 

Le but d’un éleveur : sélectionner… de vrais cockers

Quels sont les buts d’un éleveur lorsqu’il marie 2 chiens ?

  • Produire des chiots en bonne santé : tester les reproducteurs pour les principales maladies héréditaires dans la race est essentiel. Cependant, toutes les maladies que l’on appelle « prédispositions raciales » ne peuvent être décelées. Par exemple, le cocker anglais apparaît comme une race prédisposée à la maladie d’Addison (trouble hormonal). Mais il est impossible de savoir si le chien la développera. De même, la race est également prédisposée à l’épilepsie. Aucun test de dépistage préalable n’existe mais certaines lignées sont reconnues comme fortement prédisposées. Le seul moyen de sélection dans ce cas est d’une part, de retirer les sujets atteints de la reproduction et d’autre part, d’éviter certains mariages.

 

  • Produire des chiots bien dans leur tête : le choix des parents est important mais également l’environnement dans lequel a vécu le chiot à l’élevage. Cela ne fait pourtant pas tout. Si le nouvel acquéreur ne prend pas soin de l’éducation de son chiot, de le stimuler et de le confronter à des situations diverses, il est inutile d’incriminer seul l’éleveur si le chiot est « peureux » ou encore « agressif ». Il existe chez le cocker une maladie que l’on appelle « syndrome rage » ou encore « dystimie » : le chien passe alternativement d’une phase de normalité à une phase d’agressivité extrême sans élément déclencheur. L’existence réelle de cette maladie reste toutefois controversée.

 

  • Produire des chiots conformes au standard : si le standard définit également des critères comportementaux, il décrit l’apparence physique de la race. Il est pour ainsi dire impossible de ne produire que des chiens conformes en tous points au standard, le but étant de s’en rapprocher un maximum. Si les champions ne produisaient que des champions, cela se saurait… Le standard n’est pas une lubie esthétique : la morphologie d’un chien est à l’origine dictée par sa fonction, chasser la bécasse dans le cas du cocker.

 

Quel est le but d’un acquéreur ? Le plus souvent acquérir un chien sympa et en bonne santé… mais l’acquéreur doit bien être conscient que l’on travaille avec du vivant et que les surprises peuvent être au rendez-vous.

 

Mais pourquoi utiliser un porteur ou « pire » un atteint ?

Pour remplir ses buts précédemment cités, il ne suffit pas à l’éleveur d’aller prendre le chien du voisin, c’est même beaucoup plus compliqué que cela. Un éleveur peut traverser le pays voire le continent pour trouver le chien qui conviendra le mieux à sa femelle. Mais le chien parfait n’existant pas, il faut parfois accepter de faire quelques concessions.

Si la prévalence de l’allèle muté responsable de la NF dans la race est peu importante, ce n’est pas le cas pour l’APR-prcd.

En effet, si l’on s’intéresse aux statistiques du laboratoire Optigen (laboratoire américain spécialisé dans le dépistage de maladies génétiques chez le chien), on remarque rapidement que seule la moitié environ des cockers de la planète est génétiquement saine en APR-prcd.

Atrophie progressive de la rétine, statistiques Optigen 2007

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Néphropathie familiale, statistiques Optigen 2007

image5nf-1.pngSource : Optigen

Retirer tous les chiens non génétiquement sains d’APR-prcd de la reproduction reviendrait à exclure plus de la moitié de la population mondiale, plus de la moitié des lignées. La conséquence serait donc de faire une consanguinité exagérée sur des lignées peut-être porteuses d’autres maladies bien plus graves et handicapantes, maladies qui apparaissent peut-être sporadiquement pour l’instant… et qu’il n’est pas possible de dépister à l’heure actuelle. Faire de la consanguinité n’est pas une démarche honteuse, c’est par ce moyen au contraire que furent créées les races que nous connaissons aujourd'hui. Mais ce doit être utilisé avec modération et une connaissance extrêmement approfondie des lignées utilisées.

Parmi ces chiens régulièrement montrés du doigt, ces « porteurs » et ces « atteints », se trouve une quantité de chiens qui transmettent des qualités très intéressantes pour la race : un super tempérament, une excellente robustesse, une bonne fertilité, un instinct de chasse développé ou des caractères morphologiques très recherchés. Bref, des caractéristiques qui font d’un cocker, un vrai cocker. Néanmoins, il est important que l'éleveur sélectionne ensuite la descendance pour arriver progressivement à une lignée saine.

 

Utilisation raisonnée des tests génétiques

Ces schémas ont pour but de montrer le statut des chiots obtenus dans une portée en fonction du statut des parents.

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Conclusion

Vouloir éradiquer une tare à court terme, c’est-à-dire en n’utilisant que les génétiquement sains malgré une forte prévalence de l’allèle muté, revient à vouloir éradiquer la race. Statistiquement, pour une tare éradiquée, on en révèle 3 autres : on sait ce que l’on perd mais on ne sait pas ce que l’on gagne.

Avoir un chien « porteur sain » n’est donc pas un drame, il révèle plutôt une ligne de sélection de l’éleveur, combattant les idées reçues, tout en prenant soin de ne pas produire de chiens malades. Il est toutefois très important d’en comprendre les conséquences si l’on veut utiliser ce chien pour la reproduction.

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